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17 juin 2026 6 min de lecture Rédaction Usine de France

Après près de neuf années de travaux, l'usine du Syctom de Saint-Ouen-sur-Seine, en Seine-Saint-Denis, touche au but. Le centre de valorisation énergétique des déchets ménagers, l'un des plus importants d'Île-de-France, vient d'achever l'essentiel de sa transformation architecturale et industrielle. Baptisé L'Étoile Verte, ce projet hors normes combine modernisation des installations de traitement des fumées et intégration urbaine du site dans un quartier en pleine mutation. Investissement global : environ 210 millions d'euros.

210 M€
investissement total
600 000 t
déchets traités par an
9 ans
de chantier (2017-2026)
17 000 m²
de planchers neufs

Un chantier de 96 mois sans interruption de l'activité

Le chantier a démarré en novembre 2017 et doit s'achever en septembre 2026, soit 96 mois de travaux conduits sans arrêt de l'exploitation. L'usine a continué, durant toute cette période, à recevoir et traiter les ordures ménagères des communes du nord parisien. Cette particularité, rare dans un chantier industriel de cette ampleur, a imposé une organisation précise des phases et un découpage du site permettant aux équipes d'exploitation et aux équipes de chantier de cohabiter.

Le marché initial s'élève à 75 millions d'euros pour le macro-lot d'intégration urbaine, dont 75 pour cent ont été confiés au groupe de BTP NGE en tant que mandataire. Plusieurs filiales du groupe ont été mobilisées : Urbaine de Travaux, Guintoli, EHTP, NGE Fondations, NGE Energies Solutions et Agilis. La maîtrise d'oeuvre architecturale a été confiée à l'agence Reichen et Robert & Associés, spécialisée dans la requalification de grands équipements urbains.

Trois bâtiments neufs et six requalifiés sur 5,3 hectares

Le programme a porté sur la construction de trois bâtiments neufs et la requalification de six bâtiments existants. Au total, 17 000 mètres carrés de planchers ont été créés sur un site industriel de 5,3 hectares situé en bord de Seine. Les nouveaux bâtiments accueillent un immeuble de bureaux destiné à la location, un bâtiment d'exploitation pour le personnel d'exploitation et un équipement public comprenant une salle de conférence et des espaces polyvalents.

Les façades arborent un bardage métallique aux reflets irisés et les toitures sont végétalisées, en cohérence avec l'identité paysagère du nouveau quartier des Docks de Saint-Ouen. Ce parti pris architectural vise à faire disparaître la lecture industrielle traditionnelle de l'usine au profit d'une écriture urbaine assumant la mixité des usages, conformément au cahier des charges initial défini en 2015 lorsque la décision de modernisation a été prise.

Une usine qui traite 600 000 tonnes de déchets par an

L'usine de Saint-Ouen est l'un des trois grands centres de traitement du Syctom, syndicat mixte qui assure la gestion des ordures ménagères pour 85 communes franciliennes représentant environ 5,7 millions d'habitants. Le site de Saint-Ouen reçoit les déchets non recyclables de 17 collectivités du nord parisien, soit environ 1,45 million d'habitants desservis.

La capacité annuelle de traitement atteint environ 600 000 tonnes d'ordures ménagères. L'installation s'appuie sur trois chaudières de marque Stein Industrie, chacune capable d'incinérer 28 tonnes de déchets par heure, dans des fours portés à 1 000 degrés. La fosse de réception affiche un volume de 15 800 mètres cubes, soit environ 7 000 tonnes de capacité de stockage tampon, ce qui permet de lisser les arrivées de bennes et d'assurer un fonctionnement régulier des fours.

Le premier traitement des fumées sèches et condensation déployé en France

Le coeur industriel du projet concerne la modernisation du traitement des fumées. L'ancien système de lavage humide a été remplacé par un dispositif combinant traitement sec et condensation des fumées, présenté comme le premier déploiement de ce type en France pour une usine d'incinération. Les travaux sur ce volet se sont étalés de 2018 jusqu'à fin 2022.

L'investissement consacré au traitement des fumées et à l'optimisation énergétique s'élève à 90 millions d'euros. L'intégration urbaine représente le poste le plus élevé avec 110 millions d'euros. Viennent ensuite 8,5 millions d'euros pour le traitement des eaux industrielles et 2,7 millions d'euros consacrés à la recherche sur le captage du CO2, signe que le site est utilisé comme démonstrateur pour les futures générations d'usines de valorisation énergétique.

Le programme combine modernisation industrielle et insertion architecturale dans un même contrat, sans arrêt de production.

De la chaleur pour le réseau CPCU et de l'électricité revendue à EDF

L'usine fonctionne en cogénération. L'incinération des déchets produit de la vapeur, vendue au réseau de chaleur urbaine de la CPCU (Compagnie Parisienne de Chauffage Urbain) qui alimente les logements et bâtiments tertiaires de Paris et de la petite couronne. La puissance électrique installée se situe entre 7 et 8 mégawatts. Environ 80 pour cent de l'électricité produite est consommée pour les besoins propres du site, le surplus étant revendu à EDF.

La modernisation a permis de dégager des gains énergétiques importants : environ 36 gigawattheures par an de gaz naturel économisés et environ 66 gigawattheures par an supplémentaires injectés dans le réseau CPCU sous forme de chaleur. Une turbine à cycle organique de Rankine (ORC) a également été installée : elle récupère la chaleur disponible à 180 degrés en sortie de condensation et produit environ 800 kilowatts électriques supplémentaires, soit 2 gigawattheures par an.

Une évacuation des résidus par barge fluviale

Le projet a intégré la construction d'un équipement de transbordement permettant d'acheminer les résidus d'incinération jusqu'aux berges de la Seine, où ils sont évacués par voie fluviale à bord de barges. Cette solution logistique réduit le nombre de camions à la sortie du site et limite les nuisances sonores et les émissions liées au transport routier dans un quartier en pleine densification. Elle constitue un argument fort en matière d'intégration urbaine, dans un secteur où des immeubles de logements neufs et des bureaux jouxtent désormais l'usine.

Un équipement industriel au coeur d'un quartier transformé

L'usine du Syctom de Saint-Ouen se trouve dans le quartier des Docks, l'une des plus importantes opérations d'aménagement de Seine-Saint-Denis ces dernières années. Logements, bureaux, équipements publics, commerces : le quartier s'est transformé en profondeur depuis le milieu des années 2010. Il devenait, dans ce contexte, difficile de maintenir une usine d'incinération sous sa forme architecturale et fonctionnelle d'origine.

La transformation conduite par le Syctom illustre une évolution plus large des grands équipements industriels franciliens : l'intégration urbaine, longtemps considérée comme secondaire pour ces infrastructures lourdes, devient un critère central des décisions d'investissement, au même titre que la performance environnementale et énergétique. Plusieurs autres installations du secteur de l'énergie en Île-de-France suivent une trajectoire comparable, avec des programmes de modernisation pluriannuels combinant valorisation des déchets, production de chaleur et insertion dans le tissu urbain.

Calendrier final : derniers aménagements fin 2026

Le Syctom et NGE annoncent la livraison des derniers aménagements du macro-lot d'intégration urbaine pour fin 2026. La mise en service complète des nouveaux bâtiments, la finalisation des espaces extérieurs et les ultimes ajustements techniques s'échelonneront durant le second semestre. Une fois ces opérations terminées, l'usine aura définitivement quitté son statut d'objet industriel isolé pour devenir un équipement assumé du paysage urbain de Saint-Ouen-sur-Seine, tout en continuant à traiter chaque année plusieurs centaines de milliers de tonnes de déchets pour le compte de millions d'habitants franciliens.

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