La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a ouvert une enquête visant la société Vulli, fabricant historique de Sophie la girafe, après la publication le 3 mai 2026 d'une enquête de Mediapart selon laquelle une partie significative de la production du célèbre jouet en caoutchouc serait réalisée en Chine. Le dirigeant de Vulli, Alain Thirion, a reconnu publiquement le 4 mai que les « girafes nues » (non finalisées) sont actuellement assemblées en Chine, en raison de retards de cadence sur la nouvelle usine vosgienne de Saint-Nabord. Aucune décision juridictionnelle n'a été rendue à ce jour.
Ce qu'affirme l'enquête de Mediapart
Selon l'enquête publiée par Mediapart le 3 mai 2026, la fabrication de Sophie la girafe aurait été « massivement sous-traitée » en Asie « au moins depuis 2013 ». Le média en ligne décrit une logistique reposant sur l'arrivée de conteneurs entiers de jouets en provenance de Chine, qui seraient ensuite conditionnés sur le territoire français dans des emballages valorisant l'origine française. Ces affirmations engagent leur auteur et n'ont pas, à ce stade, fait l'objet d'une décision de justice.
L'enquête met en cause l'écart entre la communication de marque de Vulli, qui s'est longtemps présentée comme un fleuron du jouet français, et la réalité industrielle décrite par les sources de Mediapart.
La réponse de Vulli, par la voix de son dirigeant
Interrogé le 4 mai 2026, le dirigeant de Vulli Alain Thirion a publiquement reconnu une partie des faits. Selon ses propos rapportés notamment par l'AFP et plusieurs médias nationaux, « Vulli fait fabriquer ses (...) girafes nues en Chine », en soulignant toutefois que « toutes les girafes sont terminées et surtout contrôlées une par une en France ». Il a également déclaré que « cela n'a jamais été un mystère pour personne », ajoutant qu'une partie de la production se faisait à l'étranger « depuis une trentaine d'années ».
Vulli présente cette situation comme temporaire. La direction lie l'externalisation actuelle aux difficultés rencontrées par la nouvelle usine de Saint-Nabord, dans les Vosges, dont la montée en cadence sur les procédés d'injection caoutchouc naturel s'avère plus longue qu'anticipée. L'objectif affiché par l'entreprise est un retour à une production intégralement française une fois la ligne stabilisée.
Le cadre juridique : pratique commerciale trompeuse
L'enquête ouverte par la DGCCRF porte sur la conformité de l'information communiquée aux consommateurs concernant l'origine du produit. En droit français, le cadre applicable est celui de la pratique commerciale trompeuse, défini aux articles L121-2 et L121-3 du Code de la consommation. La revendication d'une origine française sur un produit dont la fabrication essentielle se déroulerait à l'étranger peut, selon les caractéristiques de l'espèce, être qualifiée de pratique trompeuse.
La sanction encourue, lorsqu'elle est prononcée par une juridiction, peut atteindre 10 % du chiffre d'affaires moyen annuel de l'entreprise concernée, sans préjudice des autres mesures correctives. À ce stade, aucune sanction n'a été prononcée et aucune mise en examen n'a été annoncée. La présomption d'innocence s'applique pleinement à Vulli, et l'enquête de la DGCCRF est administrative et préliminaire. L'autorité a indiqué ne pas commenter de procédure en cours.
Décryptage
La distinction juridique entre « fabriqué en France », « conçu en France » et « assemblé en France » est fondamentale. Selon le Code des douanes et la jurisprudence européenne, un produit peut revendiquer une origine donnée si sa « dernière transformation substantielle » y est réalisée. La question de savoir si le contrôle qualité et le conditionnement constituent ou non cette transformation substantielle relèvera de l'appréciation au cas par cas.
L'enjeu industriel : une transition entre Rumilly et Saint-Nabord
Vulli est une PME française implantée à Rumilly (Haute-Savoie). Sophie la girafe a été créée en 1961 par la société Delacoste, rachetée par Vulli en 1981. La production a été transférée à Rumilly en 1991. L'entreprise a engagé ces dernières années une transformation industrielle d'ampleur, avec la mise en service d'une nouvelle usine à Saint-Nabord (Vosges), pensée pour internaliser progressivement les volumes de production. Cette nouvelle usine s'inscrit dans la dynamique plus large de réindustrialisation du tissu PME français.
La problématique posée n'est pas isolée : plusieurs marques françaises ont fait l'objet de signalements similaires sur l'écart entre l'image valorisée et l'origine réelle des produits. La DGCCRF a, par le passé, sanctionné plusieurs entreprises sur ce fondement. La résolution attendue de l'enquête en cours, ainsi que la trajectoire industrielle de Vulli vers une montée en charge complète à Saint-Nabord, seront suivies avec attention par les associations de consommateurs et les acteurs de la filière jouet française.
En résumé
Une enquête de Mediapart publiée le 3 mai 2026 a révélé qu'une partie significative de la production de Sophie la girafe serait fabriquée en Chine. Vulli a reconnu le lendemain une partie des faits, en présentant cette situation comme temporaire et liée aux retards de l'usine de Saint-Nabord. La DGCCRF a ouvert une enquête sur le fondement potentiel de la pratique commerciale trompeuse. Aucune décision juridictionnelle n'a été rendue à ce jour. La présomption d'innocence s'applique pleinement à l'entreprise, qui maintient sa volonté de relocaliser intégralement la production sur son site vosgien.