Le bilan industriel de l'annee 2025 sonne comme un avertissement. Apres plusieurs exercices consecutifs de solde positif, portes par les plans de relance post-Covid et le programme France 2030, la France enregistre un recul net de 57 sites industriels. Un retournement qui interroge sur la solidite de la dynamique de réindustrialisation engagee depuis 2020.
Un retournement apres cinq années positives
Entre 2020 et 2024, la France avait reussi a inverser une tendance vieille de plusieurs décennies. Grace aux aides d'urgence, aux plans de relance et au programme France 2030, le pays avait affiche des soldes positifs d'ouvertures d'usines - un fait suffisamment rare pour etre salue comme un tournant historique.
L'annee 2025 vient briser cette serie. Le barometre annuel révèle que les fermetures et restructurations ont nettement dépassé les ouvertures et extensions, aboutissant a une perte nette de 57 sites de production.
Les secteurs les plus touches
Tous les secteurs ne sont pas également affectes. Trois filières concentrent l'essentiel des pertes :
- L'automobile - La transition vers l'électrique continue de déstabiliser la filiere. Les equipementiers et sous-traitants spécialisés dans les composants thermiques sont les premières victimes, avec des fermetures en cascade dans le nord et l'est de la France.
- La chimie - Les couts de l'energie, malgre leur baisse par rapport au pic de 2022, restent a des niveaux qui rendent certains sites non compétitifs face a la concurrence americaine ou asiatique.
- La sous-traitance industrielle - Les PME positionnees sur des activités a faible valeur ajoutee subissent de plein fouet la pression sur les prix et les délocalisations vers l'Europe de l'Est ou le Maghreb.
Des facteurs structurels persistants
Plusieurs elements expliquent ce retournement conjoncturel :
Les couts de l'energie restent un handicap majeur pour l'industrie française. Meme si les prix de l'électricité se sont stabilises, ils demeurent superieurs aux niveaux pre-crise dans de nombreux contrats industriels.
Les tensions sur les matieres premières continuent de peser sur les marges des industriels, en particulier dans la métallurgie et la chimie.
L'incertitude réglementaire et la complexite administrative française decourrent certains investisseurs, qui preferent implanter leurs nouvelles capacités dans des pays voisins juge plus prévisibles.
Le solde negatif de 2025 ne remet pas en cause les investissements structurels de France 2030, mais il rappelle que la réindustrialisation est un combat de longue haleine qui ne se gagne pas uniquement avec des subventions.
Des raisons de ne pas baisser les bras
Ce bilan necesssite d'etre nuance. Plusieurs indicateurs restent encourageants : les investissements etrangers en France se maintiennent a un niveau eleve, les gigafactories de batteries (Dunkerque, Douai, Billy-Berclau) poursuivent leur montee en puissance, et le vivier de 3 500 startups industrielles continue de croitre.
Par ailleurs, les fermetures comptabilisees concernent souvent des sites anciens et sous-dimensionnes, remplacés par des unites plus modernes et plus productives. Le nombre d'emplois industriels ne recule pas dans les memes proportions que le nombre de sites.
L'enjeu pour 2026 sera de confirmer que la trajectoire de réindustrialisation n'est pas brisee, mais simplement ralentie par un contexte macroeconomique defavorable. Un défi que les acteurs de la filière industrielle française devront relever collectivement.