L'industrie agroalimentaire bretonne vient de vivre un épisode inédit. Fin juin 2026, l'entreprise Altho, qui fabrique les chips de la marque Brets dans le Morbihan, a été contrainte de suspendre temporairement l'activité de ses deux sites de production bretons. En cause : des restrictions d'accès à l'eau décidées par Pontivy Communauté, la collectivité gestionnaire du réseau, confrontée à une sollicitation exceptionnelle de la distribution d'eau pendant la vague de chaleur.
Un arrêt de production imposé par la collectivité
La décision ne vient pas de l'industriel lui-même, mais du gestionnaire du réseau. Pour préserver l'approvisionnement en eau de la population et des services essentiels du secteur de Pontivy, la collectivité a imposé des arrêts de production à plusieurs usines locales. Altho n'est pas la seule concernée, puisque d'autres sites industriels du territoire ont également dû interrompre leurs lignes, selon les informations rapportées par la presse régionale.
Le dirigeant du groupe a résumé la situation d'une formule directe : « On n'a jamais vu ça », a-t-il confié au Télégramme. Un constat qui illustre le caractère exceptionnel de la mesure. La transformation de la pomme de terre en chips est un procédé fortement consommateur d'eau (lavage, découpe, rinçage des tubercules), ce qui place ce type d'unité en première ligne lorsque la ressource se raréfie.
Quelles conséquences pour la filière et la distribution ?
Sur le plan commercial, l'entreprise s'est voulue rassurante vis-à-vis de ses clients de la grande distribution : les stocks de produits finis représentent environ une dizaine de jours de ventes moyennes, de quoi absorber une interruption courte sans rupture en rayon. En revanche, l'arrêt n'est pas sans coût industriel : une partie de la matière première déjà engagée dans le process a été perdue.
Une reprise d'activité était envisagée dès le dimanche 28 juin au soir sur l'un des deux sites, et potentiellement le lendemain sur le second, à l'issue des discussions entre l'industriel et la collectivité.
« On n'a jamais vu ça » - le dirigeant d'Altho, au Télégramme, au sujet des restrictions d'eau imposées à ses deux sites du Morbihan.
Un signal d'alerte pour les industriels dépendants de l'eau
Au-delà du cas Altho, cet épisode met en lumière un risque opérationnel croissant pour les usines françaises : la disponibilité de l'eau devient un facteur limitant de production, au même titre que l'énergie ou les matières premières. La Bretagne, pourtant réputée pour sa pluviométrie, est placée en alerte sécheresse, et aucune précipitation n'était annoncée à Pontivy pour les quinze jours suivant l'épisode.
Pour les sites agroalimentaires, papetiers, chimiques ou textiles fortement consommateurs d'eau, plusieurs enseignements se dégagent : anticiper les arrêtés de restriction dans les plans de continuité d'activité, investir dans le recyclage des eaux de process, et dialoguer en amont avec les collectivités gestionnaires des réseaux. Car si l'épisode breton s'est réglé en quelques jours, la multiplication des étés secs laisse présager que ce type d'arbitrage entre usages industriels et besoins de la population deviendra plus fréquent.
Cette actualité rappelle l'importance du secteur agroalimentaire dans le tissu industriel de Bretagne, région qui concentre une part significative des sites de transformation de la pomme de terre en France.