Le 1er mai 2026, Allan Swan a pris officiellement la direction d'Automotive Cells Company (ACC), la coentreprise automobile portée par Stellantis, Mercedes-Benz et TotalEnergies. Cet ancien président de Panasonic Energy USA, qui a piloté l'ouverture de deux gigafactories américaines fournissant Tesla, succède à Yann Vincent, à la tête du groupe depuis sa création il y a six ans.
Une transition annoncée
L'annonce officielle a été publiée le 4 mai 2026 par ACC, qui salue le départ en retraite de Yann Vincent, ex-cadre de Stellantis devenu directeur général d'ACC depuis 2020. Le board a confirmé la nomination d'Allan Swan, 62 ans, ressortissant britannique-américain, à la tête du groupe au 1er mai. Selon les termes du communiqué, le président du conseil d'administration Alex Nediger justifie ce choix par « une expertise reconnue dans le manufacturing de batteries à grande échelle et un leadership industriel adapté aux environnements à forte croissance ».
Allan Swan a passé plusieurs années à la tête de Panasonic Energy USA, où il a supervisé la mise en service et la montée en cadence de deux usines de cellules lithium-ion approvisionnant les véhicules de Tesla. Une trajectoire opérationnelle qui contraste avec un parcours plus institutionnel, et que les actionnaires d'ACC mettent en avant à l'heure d'aborder ce qu'ils décrivent comme une « nouvelle phase d'expansion industrielle ».
Une gigafactory inaugurée en mai 2023, encore en montée en cadence
Le site de Billy-Berclau / Douvrin, dans le Pas-de-Calais, a été inauguré le 30 mai 2023. Première unité de production d'ACC en Europe, il s'étend sur plus de 60 000 m² d'ateliers et a démarré avec une ligne de production d'une capacité supérieure à 13 GWh, avec un objectif affiché de 40 GWh à l'horizon 2030. La montée en cadence, prévue tout au long de 2024, s'avère plus longue qu'anticipée.
Les conséquences se mesurent côté constructeurs. Les Peugeot 3008 et 5008 électriques équipés de la batterie de 97 kWh fournie par ACC affichent des délais de livraison annoncés de 9 à 12 mois selon les données communiquées par Stellantis. Sur le même segment, plusieurs concurrents asiatiques livrent en quelques semaines, y compris depuis des sites de production éloignés.
Le débat technologique : NMC contre LFP
Une part de la difficulté tient au choix technologique d'origine. ACC a fait le pari de la chimie NMC (nickel-manganèse-cobalt), associée à une densité énergétique élevée mais à une industrialisation plus complexe et un coût matières plus élevé. Plusieurs constructeurs européens et chinois ont, depuis, intégré massivement la chimie LFP (lithium-fer-phosphate), moins coûteuse et désormais privilégiée sur les véhicules d'entrée et de milieu de gamme. Yann Vincent avait lui-même reconnu, à plusieurs reprises, que les acteurs chinois disposaient d'environ « vingt ans d'avance » dans la maîtrise industrielle des cellules lithium-ion.
Décryptage
L'équilibre entre densité énergétique et coût d'industrialisation est au cœur de la guerre commerciale des batteries. La chimie NMC reste pertinente pour les véhicules à forte autonomie, mais elle exige des investissements de procédé plus lourds et un approvisionnement en cobalt et nickel sensible aux tensions géopolitiques. La trajectoire d'ACC reflète ce choix industriel, désormais à conforter par les volumes.
Recentrage stratégique : un seul site européen
En février 2026, ACC a confirmé l'abandon de ses deux projets de gigafactories européennes additionnelles : le site allemand de Kaiserslautern et le site italien de Termoli. Décision présentée par le groupe comme un recentrage géographique permettant de concentrer les ressources sur la seule unité opérationnelle.
Cette concentration n'est pas sans précédent dans l'industrie européenne des batteries. Plusieurs projets de gigafactories portés sur le continent ces dernières années ont été révisés ou suspendus, sous l'effet conjugué d'un marché du véhicule électrique européen en ralentissement, de coûts énergétiques plus élevés qu'anticipés et d'une pression concurrentielle des cellules importées. Pour ACC, le pari de la vallée de la batterie des Hauts-de-France repose désormais entièrement sur le site de Douvrin.
Une feuille de route resserrée pour Allan Swan
Selon la communication d'ACC, la priorité d'Allan Swan ne porte pas sur l'ouverture de nouveaux sites, mais sur la montée en régime industriel de la gigafactory existante. L'ambition affichée par le nouveau dirigeant est de « faire d'ACC le premier fabricant de batteries pour véhicules électriques en Europe ». À court terme, cette ambition passe par la stabilisation des cadences, la qualification des lignes d'extension financées par la levée d'un milliard d'euros bouclée en 2024, et la résorption des délais de livraison constatés chez Stellantis.
Le nouveau directeur général prend ses fonctions dans un contexte européen contrasté : marché de l'électrique en moindre croissance que prévu, restructurations en cours chez plusieurs équipementiers, mais aussi accélération de la politique industrielle française autour des chaînes de valeur stratégiques. La trajectoire d'ACC sera scrutée par ses actionnaires comme par les pouvoirs publics, tant l'enjeu dépasse le seul périmètre de la coentreprise.
En résumé
ACC engage une nouvelle séquence avec l'arrivée d'Allan Swan, profil opérationnel issu de Panasonic Energy USA. Avec un seul site européen actif après l'abandon des projets allemand et italien, et des délais de livraison qui pèsent sur les véhicules électriques de Stellantis, l'enjeu est clair : transformer la capacité installée à Billy-Berclau en cadence industrielle effective. La cible reste de 40 GWh d'ici 2030, sur un site qui doit encore prouver sa montée en puissance.