Stellantis a annoncé le mardi 29 septembre 2026 la suspension temporaire de la production dans quatre de ses usines françaises au cours du mois d’octobre : Sochaux, Rennes, Mulhouse et Poissy. Les arrêts durent de cinq à seize jours selon les sites et n’ont pas tous la même cause. Voici ce qui est établi à ce jour, d’après les déclarations du groupe rapportées par l’AFP et Reuters, et les réactions des syndicats.
Le calendrier, usine par usine
Les dates ont été communiquées aux représentants du personnel puis à la presse. Les modèles de Poissy sont ceux indiqués par L’argus. L’usine d’Hordain (Nord), qui assemble des utilitaires, n’est pas concernée selon le même titre.
À Sochaux et à Rennes, des batteries qui manquent
Pour ces deux sites, le groupe invoque, selon l’AFP, une « disponibilité insuffisante de certaines batteries » destinées aux versions à grande autonomie de ses véhicules électriques. D’après la dépêche Reuters, Stellantis précise que la demande pour ces versions est soutenue, en particulier de la part des clients professionnels, et qu’elle reste supérieure aux capacités actuelles d’approvisionnement. Le constructeur dit adapter temporairement son programme de production pour éviter de constituer des stocks de véhicules qui ne correspondent pas à la demande.
Autrement dit, ce ne sont pas les commandes qui font défaut sur ces modèles, mais un composant. C’est ce qui distingue ces deux arrêts de celui de Mulhouse.
À Mulhouse et à Poissy, d’autres raisons
À Mulhouse, l’arrêt est le plus long. Les Peugeot 308 et 408 qui y sont assemblées arrivent en fin de cycle. Stellantis indique, selon L’argus, que ces deux modèles « n’ont pas la possibilité d’accueillir des batteries grande autonomie » comme les 3008, 5008 et C5 Aircross. Plusieurs médias font aussi état d’une réduction des équipes sur le site à partir de novembre.
À Poissy, le groupe parle d’adapter la production à la demande du marché, « dans une logique de gestion fine des stocks ».
D’où viennent les batteries ? Un point à manier avec prudence
Dans les déclarations rapportées par l’AFP et Reuters, Stellantis ne désigne aucun fournisseur. C’est la CGT de Sochaux qui, dans le magazine syndical NVO, relie le problème aux batteries produites par Automotive Cells Company (ACC), la coentreprise de Stellantis, Mercedes-Benz et Saft installée à Billy-Berclau-Douvrin, dans le Pas-de-Calais. L’argus indique de son côté que la batterie de la version électrique à grande autonomie du C5 Aircross est fabriquée dans cette usine.
À ce stade, le lien entre la montée en cadence de cette gigafactory et les arrêts d’octobre repose donc sur ces deux sources, et non sur une confirmation du constructeur. Nous avions présenté ce site dans notre article sur la gigafactory ACC de Douvrin.
Combien de salariés sont concernés ?
Les dépêches de l’AFP et de Reuters ne donnent pas de total. Le magazine NVO avance le chiffre de plus de 8 000 salariés placés en activité partielle sur les quatre sites, sans en détailler le calcul. Pour Sochaux, le secrétaire général de la CGT du site, Jérôme Boussard, évoque 3 500 salariés pendant sept jours. Ces chiffres sont d’origine syndicale et doivent être lus comme tels.
Les réactions syndicales
À Mulhouse, la CGT demande dans un communiqué de baisser les cadences plutôt que d’arrêter l’usine, et de conserver l’ensemble du personnel, intérimaires compris. Elle propose de mettre ce temps à profit pour la formation et l’amélioration des conditions de travail.
À Rennes, la CFDT s’inquiète des conséquences pour le pouvoir d’achat. Son délégué syndical, Laurent Valy, cité par l’AFP d’après Ici Armorique, met en avant l’effet cumulé de l’activité partielle et de la hausse des carburants, et estime que la situation pourrait « devenir explosif » si elle durait. Selon L’argus, le syndicat rappelle que cet arrêt s’ajoute à une douzaine de jours déjà perdus sur le site depuis le début de l’année.
De son côté, Stellantis présente la mesure comme temporaire : « Cette mesure est ponctuelle », indique le groupe, cité par L’argus.
Et après octobre ?
Les deux sites dont l’arrêt n’est pas lié aux batteries sont aussi ceux dont l’avenir a été redéfini cette année.
- Mulhouse doit recevoir 400 millions d’euros sur le milliard d’euros d’investissements en France annoncé par Stellantis en juin 2026. Trois nouveaux modèles compacts, berlines et SUV, y sont prévus à partir de 2029. D’ici là, l’usine vit sur une gamme vieillissante.
- Poissy doit cesser la production de véhicules d’ici 2028, selon l’annonce faite par le groupe en avril 2026, pour se tourner vers la production et le recyclage de pièces ainsi que la préparation et la transformation de véhicules.
Ce que ces arrêts disent de la filière
L’épisode rappelle qu’une usine d’assemblage dépend de tout ce qui se trouve en amont. Sur les modèles électriques les plus demandés, c’est aujourd’hui la batterie qui fixe le rythme : quand elle manque, la ligne s’arrête, même avec un carnet de commandes rempli. Il montre aussi l’écart entre deux situations au sein d’un même groupe : des sites freinés par l’approvisionnement, et d’autres par la fin de vie de leurs modèles, en attendant des véhicules qui n’arriveront qu’en 2029.
Les fiches de Stellantis Sochaux et de Stellantis Poissy sont consultables dans notre annuaire, comme l’ensemble des sites du secteur automobile.
Sources
- Dépêche AFP reprise par macommune.info (29 septembre 2026) : Stellantis va arrêter quatre usines françaises de cinq à quinze jours
- Dépêche Reuters reprise par Boursorama (29 septembre 2026) : Usines françaises de Stellantis au chômage partiel en octobre
- L’argus (29 septembre 2026, mis à jour le 30) : Stellantis met à l’arrêt quatre usines françaises pendant plusieurs jours en octobre
- NVO, magazine de la CGT (1er octobre 2026) : Plus de 8 000 salariés placés au chômage partiel en octobre