Le vendredi 16 octobre 2026, vers 14 heures, un bloc de béton de près de 40 tonnes est tombé sur l’une des cuves de chlorure ferrique de l’usine d’eau potable Vilaine Atlantique, à Férel, dans le Morbihan. L’accident s’est produit pendant un chantier de démolition. Personne n’a été blessé, la production d’eau potable a été maintenue et, selon les pompiers, le risque de pollution de la Vilaine est écarté. Voici ce que l’on sait, d’après les informations communiquées par le gestionnaire Eaux & Vilaine et le SDIS du Morbihan, rapportées par actu.fr.
Ce qui s’est passé le 16 octobre
Depuis avril 2026, Eaux & Vilaine, l’établissement public qui gère l’usine et le barrage d’Arzal voisin, renouvelle le saturateur à chaux du site. Cet ouvrage sert à préparer la chaux et à l’injecter à plusieurs étapes du traitement pour réguler le pH de l’eau. Jugé vieillissant, il doit être démoli et remplacé par un équipement neuf.
C’est pendant cette démolition qu’un bloc de béton d’environ 40 tonnes est tombé sur l’une des trois cuves de chlorure ferrique installées à proximité du chantier. Le poste de commandement de crise de l’usine a été activé immédiatement, et les équipes sont intervenues avec les services de secours pour sécuriser les installations. Les causes de la chute n’ont pas été détaillées publiquement à ce stade.
Le chlorure ferrique, un maillon de la potabilisation
Le chlorure ferrique est un réactif de coagulation. Ajouté à l’eau brute, il agglomère les matières organiques et les particules en suspension, qui peuvent ensuite être séparées de l’eau. C’est l’étape de clarification, la première de la filière de Vilaine Atlantique. Viennent ensuite un affinage au charbon actif en poudre contre les pesticides et les goûts, une filtration sur sable, une désinfection à l’ozone, un traitement aux ultraviolets et une chloration finale.
L’usine utilise ce réactif depuis 2013, date à laquelle il a remplacé le coagulant précédent. Le rapport de l’enquête publique menée en 2015 sur la restructuration du site indique que ce changement a permis de respecter « quasiment en permanence » la référence de 2 mg/l pour le carbone organique total. Sans coagulant, la clarification n’est pas possible : c’est pourquoi l’incident a été traité comme un événement majeur, même sans victime.
Le même rapport éclaire le rôle de la chaux, dont l’équipement était justement en cours de remplacement. En fin d’été, les entrées d’eau salée liées aux passages de bateaux à l’écluse d’Arzal augmentent la teneur en chlorures de la réserve. Combiné à l’usage du chlorure ferrique, ce phénomène tend à rendre l’eau plus corrosive pour les canalisations. Une eau colorée avait ainsi été observée à l’automne 2013 à La Baule, Guérande et Saint-Nazaire. La chaux sert à corriger cet équilibre en régulant le pH.
Éviter tout écoulement vers la Vilaine
L’usine est implantée près du barrage d’Arzal, dont la retenue d’eau douce sur la Vilaine alimente sa production. Le SDIS 56 a établi un périmètre de sécurité et installé des dispositifs de rétention pour contenir le produit et empêcher qu’il ne rejoigne la rivière.
À ce jour, le risque de pollution est totalement écarté. L’incident ne présente pas de risque pour les personnes à l’extérieur de l’usine, notamment les riverains. Il n’y a pas eu de dégagement de nuage toxique lié au produit.SDIS du Morbihan, cité par actu.fr
Pourquoi la production n’a pas été interrompue
Selon Eaux & Vilaine, « l’usine fonctionne normalement et la production est maintenue, tant en quantité qu’en qualité ». Cette continuité repose sur trois mesures :
- La vidange des cuves exposées. La stabilité du bloc restant à vérifier, Eaux & Vilaine et son délégataire Suez ont décidé, avec les pompiers, de vider progressivement les installations concernées. Deux des trois cuves ont été pompées.
- Une cuve maintenue en service. La troisième continue d’alimenter le traitement de l’eau.
- Une citerne provisoire. Une citerne temporaire de chlorure ferrique a été installée et raccordée à la filière de traitement. D’après le gestionnaire, les stocks disponibles, complétés au besoin par d’autres approvisionnements, permettent de poursuivre la production pendant la mise en place de cette solution.
Le suivi de l’incident associe les préfectures d’Ille-et-Vilaine, de Loire-Atlantique et du Morbihan, ainsi que les agences régionales de santé de Bretagne et des Pays de la Loire.
Une usine stratégique pour trois départements
Vilaine Atlantique est présentée par Eaux & Vilaine comme la plus importante infrastructure de production d’eau potable de Bretagne. Elle se trouve à la limite du Morbihan, de l’Ille-et-Vilaine et de la Loire-Atlantique, et approvisionne 1,2 million d’habitants selon actu.fr. Eaux & Vilaine évoque de son côté environ un million d’habitants desservis lors des pointes estivales.
Ce réseau d’interconnexions permet aussi des échanges d’eau entre secteurs, de Saint-Nazaire, La Baule et Guérande jusqu’à Auray et Quiberon, en passant par Redon et le bassin rennais. En cas de difficulté sur un site, d’autres ressources peuvent ainsi prendre le relais.
Un incident en pleine tension sur la ressource
L’accident survient alors que la Bretagne connaît depuis l’été une tension sur l’eau potable liée à la sécheresse. En raison des faibles débits de la Vilaine, Eaux & Vilaine limite les éclusages au barrage d’Arzal pour préserver la réserve d’eau douce. Dans son avis mis à jour le 8 octobre 2026, l’établissement indique que « la situation reste très tendue pour notre ressource en eau potable » : l’écluse est fermée du 12 au 15 octobre inclus, puis ouverte uniquement sur réservation, avec des éclusages étalés jusqu’au 4 novembre.
Ce contexte a déjà pesé sur l’industrie régionale. Nous avions consacré un article aux restrictions d’eau qui ont conduit Altho, le fabricant des chips Brets, à suspendre sa production à Pontivy.
Ce qu’il reste à suivre
Plusieurs points restent ouverts : la vérification de la stabilité du bloc encore présent près des cuves, le remplacement des capacités de stockage de chlorure ferrique et la poursuite du chantier du saturateur à chaux. Eaux & Vilaine n’a pas communiqué de calendrier pour le retour à une configuration normale.
Cet épisode rappelle qu’une usine d’eau potable est d’abord un site industriel. Elle stocke des réactifs chimiques, fonctionne en continu et dépend de chantiers de modernisation menés sans arrêter la production. À Férel, l’organisation en trois cuves, la citerne de secours et le réseau d’interconnexions ont permis de maintenir l’approvisionnement.
Retrouvez les sites industriels de la région dans notre annuaire : usines de Bretagne, usines du Morbihan et secteur de la chimie.
Sources
- actu.fr, Cathy Ryo (19 octobre 2026) : Incident majeur dans la plus grande usine d’eau potable de Bretagne
- Eaux & Vilaine (mis à jour le 8 octobre 2026) : Écluse d’Arzal : avis aux navigateurs
- Eaux & Vilaine : Un réseau de transport de l’eau au service d’une gestion concertée
- Le Journal des Entreprises (18 avril 2023) : L’usine d’eau potable de Vilaine Atlantique entre en service
- Environnement Magazine (5 mai 2023) : Vilaine Atlantique sécurise l’approvisionnement en eau potable de la Bretagne
- Préfecture du Morbihan (2015) : Restructuration de l’usine d’eau potable du Drézet à Férel, rapport d’enquête publique
- Photo : barrage d’Arzal, Baudu Scopidrone, licence CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons