Retour aux actualités
20 octobre 2026 6 min de lecture Rédaction Usine de France

Le vendredi 16 octobre 2026, vers 14 heures, un bloc de béton de près de 40 tonnes est tombé sur l’une des cuves de chlorure ferrique de l’usine d’eau potable Vilaine Atlantique, à Férel, dans le Morbihan. L’accident s’est produit pendant un chantier de démolition. Personne n’a été blessé, la production d’eau potable a été maintenue et, selon les pompiers, le risque de pollution de la Vilaine est écarté. Voici ce que l’on sait, d’après les informations communiquées par le gestionnaire Eaux & Vilaine et le SDIS du Morbihan, rapportées par actu.fr.

40 t
bloc de béton tombé sur une cuve
0
blessé
90 000 m³
capacité de production par jour
1,2 million
d’habitants approvisionnés

Ce qui s’est passé le 16 octobre

Depuis avril 2026, Eaux & Vilaine, l’établissement public qui gère l’usine et le barrage d’Arzal voisin, renouvelle le saturateur à chaux du site. Cet ouvrage sert à préparer la chaux et à l’injecter à plusieurs étapes du traitement pour réguler le pH de l’eau. Jugé vieillissant, il doit être démoli et remplacé par un équipement neuf.

C’est pendant cette démolition qu’un bloc de béton d’environ 40 tonnes est tombé sur l’une des trois cuves de chlorure ferrique installées à proximité du chantier. Le poste de commandement de crise de l’usine a été activé immédiatement, et les équipes sont intervenues avec les services de secours pour sécuriser les installations. Les causes de la chute n’ont pas été détaillées publiquement à ce stade.

Le chlorure ferrique, un maillon de la potabilisation

Le chlorure ferrique est un réactif de coagulation. Ajouté à l’eau brute, il agglomère les matières organiques et les particules en suspension, qui peuvent ensuite être séparées de l’eau. C’est l’étape de clarification, la première de la filière de Vilaine Atlantique. Viennent ensuite un affinage au charbon actif en poudre contre les pesticides et les goûts, une filtration sur sable, une désinfection à l’ozone, un traitement aux ultraviolets et une chloration finale.

L’usine utilise ce réactif depuis 2013, date à laquelle il a remplacé le coagulant précédent. Le rapport de l’enquête publique menée en 2015 sur la restructuration du site indique que ce changement a permis de respecter « quasiment en permanence » la référence de 2 mg/l pour le carbone organique total. Sans coagulant, la clarification n’est pas possible : c’est pourquoi l’incident a été traité comme un événement majeur, même sans victime.

Le même rapport éclaire le rôle de la chaux, dont l’équipement était justement en cours de remplacement. En fin d’été, les entrées d’eau salée liées aux passages de bateaux à l’écluse d’Arzal augmentent la teneur en chlorures de la réserve. Combiné à l’usage du chlorure ferrique, ce phénomène tend à rendre l’eau plus corrosive pour les canalisations. Une eau colorée avait ainsi été observée à l’automne 2013 à La Baule, Guérande et Saint-Nazaire. La chaux sert à corriger cet équilibre en régulant le pH.

Éviter tout écoulement vers la Vilaine

L’usine est implantée près du barrage d’Arzal, dont la retenue d’eau douce sur la Vilaine alimente sa production. Le SDIS 56 a établi un périmètre de sécurité et installé des dispositifs de rétention pour contenir le produit et empêcher qu’il ne rejoigne la rivière.

À ce jour, le risque de pollution est totalement écarté. L’incident ne présente pas de risque pour les personnes à l’extérieur de l’usine, notamment les riverains. Il n’y a pas eu de dégagement de nuage toxique lié au produit.SDIS du Morbihan, cité par actu.fr

Pourquoi la production n’a pas été interrompue

Selon Eaux & Vilaine, « l’usine fonctionne normalement et la production est maintenue, tant en quantité qu’en qualité ». Cette continuité repose sur trois mesures :

Le suivi de l’incident associe les préfectures d’Ille-et-Vilaine, de Loire-Atlantique et du Morbihan, ainsi que les agences régionales de santé de Bretagne et des Pays de la Loire.

Une usine stratégique pour trois départements

Vilaine Atlantique est présentée par Eaux & Vilaine comme la plus importante infrastructure de production d’eau potable de Bretagne. Elle se trouve à la limite du Morbihan, de l’Ille-et-Vilaine et de la Loire-Atlantique, et approvisionne 1,2 million d’habitants selon actu.fr. Eaux & Vilaine évoque de son côté environ un million d’habitants desservis lors des pointes estivales.

RepèreDonnée
OrigineStation du Drézet, exploitée depuis 1972
RestructurationTravaux lancés en 2016, inauguration le 14 avril 2023
Investissement22 millions d’euros, dont 6 millions de l’agence de l’eau Loire-Bretagne
Capacité90 000 m³ par jour en pointe, sur trois files de 1 600 m³ par heure
Réseau de transport220 km de canalisations, trois réservoirs, deux stations de surpression
Liaison avec RennesAqueduc Vilaine Atlantique de 80 km vers l’usine de Villejean, en service depuis août 2024

Ce réseau d’interconnexions permet aussi des échanges d’eau entre secteurs, de Saint-Nazaire, La Baule et Guérande jusqu’à Auray et Quiberon, en passant par Redon et le bassin rennais. En cas de difficulté sur un site, d’autres ressources peuvent ainsi prendre le relais.

Un incident en pleine tension sur la ressource

L’accident survient alors que la Bretagne connaît depuis l’été une tension sur l’eau potable liée à la sécheresse. En raison des faibles débits de la Vilaine, Eaux & Vilaine limite les éclusages au barrage d’Arzal pour préserver la réserve d’eau douce. Dans son avis mis à jour le 8 octobre 2026, l’établissement indique que « la situation reste très tendue pour notre ressource en eau potable » : l’écluse est fermée du 12 au 15 octobre inclus, puis ouverte uniquement sur réservation, avec des éclusages étalés jusqu’au 4 novembre.

Ce contexte a déjà pesé sur l’industrie régionale. Nous avions consacré un article aux restrictions d’eau qui ont conduit Altho, le fabricant des chips Brets, à suspendre sa production à Pontivy.

Ce qu’il reste à suivre

Plusieurs points restent ouverts : la vérification de la stabilité du bloc encore présent près des cuves, le remplacement des capacités de stockage de chlorure ferrique et la poursuite du chantier du saturateur à chaux. Eaux & Vilaine n’a pas communiqué de calendrier pour le retour à une configuration normale.

Cet épisode rappelle qu’une usine d’eau potable est d’abord un site industriel. Elle stocke des réactifs chimiques, fonctionne en continu et dépend de chantiers de modernisation menés sans arrêter la production. À Férel, l’organisation en trois cuves, la citerne de secours et le réseau d’interconnexions ont permis de maintenir l’approvisionnement.

Retrouvez les sites industriels de la région dans notre annuaire : usines de Bretagne, usines du Morbihan et secteur de la chimie.

Note méthodologique. Cet article s’appuie exclusivement sur des sources publiques, citées ci-dessous. Le déroulé de l’incident et les déclarations d’Eaux & Vilaine et du SDIS du Morbihan sont repris tels que rapportés par actu.fr ; les données sur l’usine proviennent d’Eaux & Vilaine, de la presse spécialisée et du rapport d’enquête publique de 2015. L’article sera mis à jour si le gestionnaire apporte des précisions. Toute demande de rectification peut être adressée via notre formulaire de contact.

Sources